Une vie en chocolat

Une vie en chocolat

Aujourd’hui nous vous proposons un entretien avec Klervi Mandon, fine connaisseuse du marché du chocolat et Fondatrice de Delikats qui déniche du chocolat artisanal venu d’ailleurs.

Quel parcours vous a mené sur la route du chocolat ? Sur quelle base s’opère le choix de distribution de produits chocolatés ?

J’ai toujours été passionnée par le chocolat et voulu évoluer dans ce domaine. Après des études de langues appliquées au commerce international terminées par un stage dans une chocolaterie de Shanghai, j’ai décidé de continuer sur cette voie en France.

Cependant, je me suis aperçue qu’il existait de grandes dérives éthiques dans le monde du chocolat et plus particulièrement dans le chocolat industriel. J’ai été scandalisée d’apprendre qu’aujourd’hui encore, des enfants étaient exploités dans des plantations de cacao africaines. Alors à mon niveau, j’ai décidé d’agir. J’ai d’abord cherché des chocolatiers artisanaux de qualité qui avaient une démarche éthique au niveau humain (commerce direct avec les producteurs de cacao).

Pour rester cohérente avec le milieu éthique, j’ai aussi cherché des chocolatiers qui s’inscrivent dans une éthique environnementale car certaines variétés de cacao menacent la biodiversité des essences cacaotées de la planète. J’ai donc cherché ceux qui mettent en valeur des variétés anciennes et endémiques. Puis j’ai créé Delikats afin de distribuer leurs produits sur le marché français et ainsi proposer une alternative éthique aux consommateurs de chocolat.

Votre regard d’experte en chocolat voit-il émerger de nouvelles tendances dans l‘univers du chocolat en général (et du Bean-to bar) ?

Les consommateurs semblent de plus en plus faire attention à ce qu’ils consomment, notamment en ce qui concerne la liste des ingrédients composant leur tablette de chocolat. Ils semblent un peu plus conscients qu’il leur faut prendre soin de leur santé et qu’un chocolat naturel est plus sain au quotidien. Actuellement, beaucoup d’amateurs de chocolat se tournent vers la tendance du chocolat cru.

Il ressort aussi que le consommateur est plus attentif à l’emballage du chocolat : il souhaite être séduit par le design de l’emballage avant de l’être par le produit. Un chocolat labellisé Bio et/ou équitable est un plus. Par ailleurs, la tablette de chocolat noir continue de caracoler en tête des ventes en France, mais les consommateurs sont aussi friands de nouveautés. De plus en plus de chocolatiers se lancent également dans la fabrication Bean-to-bar. En effet, le nombre de choco-fèviers augmente chaque mois en France, suivant la tendance anglo-saxonne des micro-chocolateries.

Quels sont les principaux défis que la filière chocolat doit relever ?

Le principal défi est de réussir à élaborer un chocolat éthique à tous les niveaux, sans pour autant transformer le chocolat en produit de luxe. Certains industriels du chocolat se sont engagés à supprimer l’esclavage des enfants dans leurs plantations partenaires d’ici à 2025. Or, ce délai est beaucoup trop long et il est urgent d’agir aujourd’hui. Ces géants de l’industrie chocolatière ont les moyens de l’éradiquer mais ne se pressent pas car la main-d’œuvre bon marché leur est profitable. Quand il y a conflit d’intérêt, il est difficile de proposer un chocolat éthique et à prix raisonnable.Par ailleurs, la filière chocolat devrait s’ouvrir davantage aux variétés de cacao endémiques et privilégier le contact direct avec le producteur.

En quoi le projet Forestera mené par Forest Finance France vous intéresse ?

Forestera est la concrétisation en amont du développement d’un cacao plus éthique en Amérique Latine. Ce programme donne un coup de projecteur à la filière cacao qui se réinvente actuellement par le développement de ses infrastructures et des techniques de culture, de récolte et de post-récolte.

Par conséquent, je trouve qu’il est nécessaire à chaque acteur de la scène du chocolat qui souhaite améliorer le monde du cacao d’avoir une connaissance de ce qu’il est possible de réaliser aujourd’hui à la racine de cette filière. Ce projet est non seulement innovant, mais il permet à chacun de prendre part à cette aventure en aidant à le financer. De plus, je serais vraiment ravie de pouvoir distribuer un chocolat réalisé à partir de fèves de cacao éthiques, issues d’un développement auquel nous pourrions tous prendre part.

Où pouvons-nous trouver les chocolats que vous commercialisez ? Vers quels chemins souhaitez-vous vous développer au sein de Delikats ?

Aujourd’hui, vous pouvez trouver toutes notre sélection chocolatée sur mon site Web. Je travaille aussi avec des boutiques partenaires (épiceries fines, salons de thé, torréfactions, etc.) partout en France, dont vous pouvez retrouver la liste sur notre site. Nous avons également lancé un abonnement en forme de Box mensuelle, pour que tout le monde puisse découvrir chaque mois une sélection de chocolats éthiques, design et délicieux. C’est dans l’optique de faire connaître un maximum de nouveaux chocolatiers que nous aimerions développer cette Box addictive.

Propos recuillis par Lenny Martinez

Réflexion de jardinier

Réflexion de jardinier

A partir de terrains déforestés et dégradés de la région de San Martin, au Pérou, nous plantons des cacaoyers, des bananiers, des arbres divers. Nous créons ainsi un écosystème particulier qui se rapproche d’une forêt, mais qui reste une plantation, avec des personnes qui y travaillent et qui en vivent. Il est donc nécessaire de penser cette plantation, de l’organiser comme un jardin forestier. Et de raisonner en bon jardinier.

Penser l’organisation d’une plantation agroforestière à cacaoyers

Tout d’abord, l’accessibilité. Comment se déplacer dans la plantation, comment s’y retrouver ? Le premier point capital est de tracer des pistes et des sentiers d’accès, et de diviser les grandes surfaces en parcelles plus petites facilement identifiables. La géographie nous donne des « limites » naturelles, cours d’eau, thalwegs, collines, petits bosquets. Les pistes doivent être larges, permettant un accès facile, en tout temps et à tous les recoins du terrain.

Puis, il est nécessaire de protéger les points d’eau et de stabiliser les zones vraiment pentues que la déforestation expose à des risques d’érosion et de glissement sous l’action des pluies, souvent intenses en région tropicale. Nous plantons ainsi des arbres et des palmiers à croissance rapide, dont les racines maintiennent les couches fertiles des sols. Certains arbres supportent mieux les zones détrempées, comme le Capirona (Calycophyllum spruceanum) ou « l’Agare», beau palmier dont les fruits sont vendus à chaque coin de rue dans Tarapoto, grande ville voisine. D’autres résistent bien à la sécheresse, comme l’Erythrine ou le Bolaina (Guazuma crinita). Du fond d’une dépression au sommet d’une colline, les essences plantées changent donc.

Enfin, il est temps de planter les cacaoyers, d’abord à l’ombre de bananier, puis à l’ombre d’arbres forestiers et fruitiers. Nous construisons des pépinières au milieu des parcelles pour ne pas avoir à transporter les plants d’un bout à l’autre de la plantation, et pendant que les jeunes arbres (issus de graines que nous récoltons nous-même) se développent en sac, nous réalisons l’alignement, c’est-à-dire le marquage des emplacements des futurs cacaoyers et bananiers. Ils seront disposés tous les 3 mètres. Une première équipe dotée de cordes et de perches pré-mesurées implantent des piquets et définit les futures rangées d’arbres, une autre creuse les premiers trous. C’est un travail long et difficile sur de grandes étendues sans ombre. Nous plantons d’abord les bananiers et des petits buissons à croissance rapide, qui devront se développer pendant 2 mois pour assurer une ombre bienfaitrice à la croissance des fragiles cacaoyers.

Nous plantons 8 variétés de cacaoyers, aux noms quelque peu barbares (ICS pour Imperial College Selection, TSH pour Trinidad Selection Hybrid, IMC pour Iquitos Mixed Calabacillo…) mais tous réputées pour leur caractère fin ou aromatique. Nous avons sélectionné ces cultivars pour leur bonne adaptabilité à la région et leur compatibilité, essentiel pour garantir une bonne production. De plus, nous travaillons conjointement avec un centre de recherche à Tarapoto, possèdant de très nombreuses variétés de cacao sylvestre, à la ré-intégration de variétés anciennes. Nous suivons un « plan de jardinage » très précis, et chaque rangée a sa variété. De petits panneaux les indiquent pour faciliter le repérage.

Enfin, les arbres d’ombrage ne sont pas non plus plantés au hasard. Certains ont une ombre basse, comme le Guaba (Inga edulis) ou le Huayruro (Ormosia coccinea), d’autre une ombre haute comme le Cedro blanco (plusieurs espèces du genre Cedrela), le Capirona. Bien dispersés parmi les cacaoyers et les bananiers, ces essences permettent de créer des strates et des jeux d’ombre. Certains arbres fruitiers se plaisent aussi beaucoup dans la plantation, comme les avocatiers et les agrumes. Les bordures de chaque parcelle sont plantées d’arbres à croissance rapide et de fruitiers à ombrage fort, comme les manguiers. Ces barrières végétales font office de coupe vent et protègent la plantation.

Une plantation agroforestière à cacaoyers est un jardin, un immense jardin. Plante de couverture, cacaoyer, bananier, arbres fruitiers, essences forestières, nous reconstruisons un écosystème stratifié se rapprochant le plus possible d’une forêt, mais suffisamment structuré pour y travailler dans de bonnes conditions, avec des risques limités et de bons rendements. Ainsi, peu à peu, sur des terrains fortement appauvris, les sols se restructurent lentement et une biodiversité se réinstalle.

Augustin Fromageot

Répondons à l’appel de la forêt

Répondons à l’appel de la forêt

Le 8ème Forum Social Pan-amazonien se déroulait du jeudi 28 Avril au lundi 1er Mai à Tarapoto, dans la province amazonienne de San Martin au Pérou. Et Augustin Fromageot, Responsable Projet au sein de Forestera était présent.

Les maux dont souffre la forêt Amazonienne sont connus, les causes relativement bien identifiées. Nous ne découvrons pas le rôle de « l’agrobusiness », des grandes entreprises minières, l’impact de l’orpaillage illégal, ainsi que la responsabilité, voire la complicité de certaines personnes ou entités politiques. Alors pourquoi un énième forum, si ce n’est pour réentendre les tristes statistiques de la déforestation ?

L’Amazonie est une forêt tropicale d’Amérique du Sud de 5 500 000 km2 (soit 10 fois la superficie de la France métropolitaine) qui s’étend sur 9 pays, le Brésil, la Bolivie, le Pérou, l’Equateur, la Colombie, le Venezuela, le Guyana, le Surinam, et la Guyane Française. Environ 40 millions de personnes y vivent et en vivent, en étroite relation avec la nature. La forêt d’Amazonie est aussi une fabuleuse réserve d’eau douce et elle joue un rôle très important dans la régulation du climat de notre planète. Le nombre d’espèces vivantes qu’elle abrite et la richesse des relations que ces dernières entretiennent entre elles en font aussi un véritable « hot spot » de la biodiversité.

Vous l’aurez compris, cette forêt est belle, emblématique, importante… et menacée. Son sous-sol est riche (or, pétrole, argiles, aluminium…), certaines variétés d’arbres sont recherchées, et les surfaces sont immenses. L’agriculture intensive, ainsi que les activités minières et forestières (légales et illégales) ont fait reculer cette forêt de 15 à 20% en 35 ans, et cette déforestation ne ralentit pas.

Ce forum réunissait environ 1 700 personnes de toute l’Amazonie, des responsables de communautés autochtones, des petits producteurs, des coopératives agricoles, des associations de femmes, des personnalités politiques locales, des ONG internationales, des entreprises privées. Les journées s’organisaient autour de 9 espaces de dialogues et de débats, où furent notamment abordées les thématiques suivantes : les femmes Panamazoniennes et Andines, la souveraineté et la sécurité alimentaire, les mégaprojets et l’extractivisme, l’éducation communautaire interculturelle, la jeunesse Panamazonienne et Andine, la communication Panamazonienne…

L’objectif principal de ce forum était de rassembler des témoignages. Que chacun puisse faire part de son expérience de l’Amazonie. Parler du présent vécu, et de l’avenir voulu. Dénoncer les économies prédatrices, la corruption, le bafouages des droits humains, la spoliation des terres, mais aussi promouvoir certaines initiatives positives, le rôle clé des femmes, les nouvelles formes d’agricultures comme l’agroforesterie. L’Amazonie est un monde qui se passe de frontières, et ce forum montre une vraie volonté de s’organiser autour de cette forêt pour en préserver la richesse sociale, culturelle et écologique. De la synthèse de tous ces témoignages, un premier agenda devrait voir le jour pour orienter les décisions politiques, sociales et économiques à prendre à l’échelle de l’Amazonie, et non plus seulement des Etats.

Répondez vous aussi à l’appel de la forêt par votre engagement citoyen en faveur de l’Amazonie !

Augustin Fromageot

Les conditions d’un agrosystème à cacao performant

Les conditions d'un agrosystème à cacao performant

Penser une plantation de cacao

Bien avant la mise en terre du premier plant, il est ainsi nécessaire de penser une plantation de cacao. Dans le cadre du lancement de Forestera, nous initions une série d’articles sur les points clés liés à la culture (responsable) du cacao : le choix des variétés, le design d’une plantation agroforestière à cacaoyer, l’étude des sols.

Le cacaoyer est un petit arbre poussant à l’ombre des forêts tropicales d’Amérique du Sud. Peu productif à l’état naturel, malade lorsqu’il est cultivé en monoculture sans ombrage, sa culture durable fait donc face à deux défis : recréer une certaine ambiance de sous-bois, en s’inspirant de l’habitat d’origine, au sein de parcelles agroforestières riches en essences ligneuses et fruitières, tout en assurant une bonne productivité, garante de la pérennité de l’activité. Cela passe par le choix des variétés, leur densité à l’hectare, le choix des arbres d’ombrage, la qualité du cacao souhaitée.

Le choix des variétés de cacao

Depuis le début de notre histoire commune avec le cacaoyer, il y a plus de 3 000 ans, nous en avons sélectionné, croisé, acclimaté, créé des centaines de variétés, aussi appelés « cultivars ». Certaines sont réputées pour leur productivité, d’autres pour leur caractère fin ou aromatique. Le choix des variétés d’une parcelle est complexe, souvent propre à chaque plantation. Il prend en compte des considérations agronomiques (variétés locales, souvent plus adaptées au site, variétés plus résistantes à la sécheresse, sensibilité aux maladies, etc.), organoleptiques (quelle qualité de cacao ? Quels assemblages, pour quels chocolats ?), écologiques, économiques (quel rendement à l’hectare ?). Par ailleurs, si certaines variétés étaient plantées seules, elles ne produiraient pratiquement rien, leurs fleurs ne seraient pas pollinisées, fécondées. Elles ont besoin de diversité, de la présence à proximité d’autres variétés pour se charger en cabosses. La compatibilité des cacaoyers d’une parcelle doit être étudiée rigoureusement.

Le choix des essences forestières et fruitières

Toute agriculture part du sol, une interface vivante (les modèles intensifs l’oublient), dont la dynamique requiert une litière riche et diversifiée. L’introduction d’arbres dans les parcelles cacaoyères permet de générer cette précieuse litière, mais aussi d’apporter l’ombre nécessaire à la croissance des jeunes cacaoyers qui nécessitent un ombrage assez fort lors des premières années, de favoriser le retour d’une biodiversité (oiseaux, insectes pollinisateurs, singes, paresseux), et éventuellement être une source de revenus complémentaires pour les producteurs comme la commercialisation de bois d’œuvre et de fruits. Cependant, tous les arbres ne sont pas bons à planter parmi les cacaoyers, certains sont trop compétiteurs, favorisent l’apparition de maladie, de champignons, d’insectes ravageurs, d’autres acidifient le sol, ont un feuillage trop dense, où encore des branches qui cassent facilement. Il est aussi nécessaire de prendre en compte le fait que l’ombrage dont a besoin le cacaoyer évolue au cours des années. Là encore, les mélanges d’essences sont à étudier avec soin.

Vigilance au cadmium dans les sols

Enfin, il est une problématique qui touche particulièrement les pays d’Amérique du Sud : le cadmium, un métal (comme le plomb, le cuivre) toxique présent dans certains sols, et qui peut dans certains cas être retrouvé dans les fèves de cacao. Le cacaoyer concentrerait ce métal dans des conditions de « stress », c’est-à-dire en cas de sécheresse, où s’il a été planté sur des sols trop pauvres pour assurer ses besoins élémentaires. Il est donc particulièrement important d‘une part d’étudier les sols avant de mettre en place une parcelle, et d’autre part de créer un environnement sain et favorable au cacaoyer, dans lequel il ne manque de rien.

Une plantation de cacaoyers durable se réfléchit pour être le meilleur compromis entre un écosystème forestier et un espace agricole et cultivé. Un travail passionnant, intégrant des considérations scientifiques et agronomiques, mais aussi sociales et culturelles. Il existe ainsi autant de systèmes agroforestiers que de plantations !

La vie secrète des forêts tropicales

La vie secrète des forêts tropicales

Qu’est-ce qu’évoquent les deux mots « forêt tropicale » ? Pour la plupart d’entre nous, un milieu pas vraiment accueillant… Des images provenant d’Indiana Jones, du Livre de la jungle, de Tarzan, se mêlent pour former un monde mystérieux, chaud et humide, une végétation inextricable peuplée de tigres, de serpents, d’araignées énormes, de temples oubliés couverts de lianes et de racines de « banians étrangleurs », bref un monde où le danger (et les moustiques) semble omniprésent. La réalité est pourtant tout autre! D’ailleurs, il est plus approprié de parler non pas de LA forêt tropicale, mais DES forêts tropicales tant elles sont plurielles et diversifiées.

Elles peuvent s’étendre le long d’océans, comme la Mata Atlantica du Brésil, ou au contraire se développer au plus profond des continents, voir au sommet de hauts plateaux, elles peuvent recouvrir de grandes plaines inondées ou grimper sur les flancs de montagnes et devenir des forêts tropicales d’altitude, elles peuvent être humides, sèches, « à mousse ». Une forêt aux multiples visages ! Nous vous en proposons ici quatre portraits, dont les uniques points communs sont l’incroyable pulsation de la nature qu’on y ressent et la magie qui s’en dégage. Augustin a couru ses forêts et vous les raconte.

La forêt Guyanaise, un morceau d’Amazonie au bord de l’Atlantique

La Guyane fait partie de l’immensité Amazonienne qui s’étend sur une grande partie de l’Amérique du Sud. On s’y réveille au cri des singes hurleurs, et on s’y endort sur celui des crapauds taureaux et des grenouilles arboricoles. Vue d’en haut, la forêt guyanaise ressemble à la surface d’un brocoli, succession infinie de petites buttes couvertes de verdure, ponctuée de tâches roses ou jaunes qui indiquent les arbres en fleur, et parfois percée de grands pitons granitiques (comme le « Pain de Sucre » de Rio de Janeiro), les Inselbergs. C’est le royaume d’animaux mythiques, jaguar, anaconda, mais c’est surtout l’une des zones les plus riches en biodiversité du globe. Chaque arbre est un univers de lianes, de plantes épiphytes(1), qui abrite toute une population animale aussi riche que méconnue.

La forêt de moyenne altitude du Pérou

Faisons un pas (de géant) vers l’océan Pacifique, voilà les premiers ressauts de la Cordillère des Andes, qui s’élèvent à environ 1500 mètres d’altitude. La forêt tropicale change, l’air devient plus frais, la hauteur des arbres diminue et de grandes fougères arborescentes jaillissent du sous-bois telles des fontaines figées. De grands pans rocheux affleurent, bariolés et marbrés comme des pâtisseries. On y trouve un oiseau célèbre et magnifique (le mâle est orange vif), le coq de roche des Andes(2). Cette forêt laisse par endroit place à des petites plantations agroforestières de café, une plante qui aime la fraicheur des hauteurs.

La forêt à mousse de Nouvelle Calédonie

Traversons le Pacifique, nous voilà sur l’île de Nouvelle-Calédonie, proche de l’Australie. Un « caillou » dont les roches extrêmement particulières témoignent d’une histoire géologique mouvementée. La végétation y est unique, ayant mis des centaines de milliers d’années à s’adapter à ces sols extrêmement riches en métaux (nickel, chrome, fer, manganèse, etc.). 90% des plantes sont endémiques(3) de l’Île. La forêt à mousse nous plonge dans une ambiance étrange, brumeuse (il fait très humide !). « A mousse » car ici les troncs des arbres et des fougères arborescentes en sont couverts. Peu de bruit, les sons semblent étouffés. Parfois résonne le cri grave du Notou(4), le plus gros pigeon du monde.

La mangrove, une forêt interface

La mangrove est une forêt-frontière, ou plutôt une forêt-interface, le lien vivant entre la terre et l’océan. Comme un estran, les arbres – palétuviers, mangliers – vivent aux rythme des marées, allongeant leurs échasses courbes et enchevêtrées sur la vase grise. Ce dédale de racines et de pneumatophores(5) est un sanctuaire, une véritable nurserie pour des centaines d’espèces de poissons, crabes, oiseaux, qui y trouvent gîte et couvert. Ces mangroves, que l’on trouve dans plusieurs endroits du monde, sont de véritables barrières protectrices contre la furie occasionnelle des océans. Elles cassent la houle, stabilisent le trait de côte en empêchant son érosion, et sont donc des écosystèmes clés dans notre adaptation au bouleversement climatique.

Des espaces fragilisés par l’Homme

La déforestation liée à l’agriculture intensive, à l’exploitation de bois ou de ressources minérales met en grand danger ces forêts tropicales. Or les services qu’elles nous rendent sont considérables, leur disparition aurait des conséquences dramatiques pour notre planète. Or des modèles agricoles intégrant et respectant ces forêts, adaptés à notre monde moderne, existent et commencent à être adoptés ou retrouvés un peu partout dans le monde : ce sont les agro-forêts, les plantations agroforestières, les fermes de permaculture, l’agriculture de conservation, etc. Soutenir ces agricultures durables et privilégier les produits qui en découlent, c’est contribuer au ralentissement de la course folle à la déforestation.

(1) Plante épiphyte (littéralement « Sur la plante ») : plante qui pousse directement sur le tronc et les branches d’un arbre, hors-sol
(2) Coq de roche des Andes : Rupicola peruvianus
(3) Endémique : qu’on ne trouve qu’à cet endroit, nul part ailleurs dans le monde
(4) Notou : Gutula goliath
(5) Pneumatophore : racine sortant de la vase permettant aux arbres de la mangrove de désaliniser l’eau de mer et de « respirer »

L’agriculture andine n’est-elle pas inspirante ?

L’agriculture andine n’est-elle pas inspirante ?

Pour le lancement opérationnel de notre filiale Forestera, une partie de l’équipe, Frédéric, Lenny et Ambroise a retrouvé Augustin à Tarapoto, au Pérou. Après quelques jours passés dans les plantations de cacao, en route pour la région de Cusco, ancienne capitale Inca nichée à 3 400 mètres d’altitude dans la Cordillère des Andes. Les paysages du Pérou sont pluriels, et nous voulions en découvrir de nouvelles facettes. Quoi de plus inspirant que la terre sacrée des Incas ?

Les Incas furent un peuple puissant qui étendit son empire sur la Colombie, le Pérou, l’Equateur, la Bolivie, le Chili et l’Argentine, entre le XIIIe siècle et la Conquista espagnole au XVIe siècle. Peuple guerrier et administrateur, ils repoussèrent les limites de l’agriculture, développant des plantations en terrasses (les fameuses andenes) sur des flancs de montagne à pic.

Lorsque l’on arrive sur le site inca de Moray, la première chose qui frappe est la beauté esthétique du lieu : au milieu d’une campagne d’altitude, dominée par des sommets andins flirtant avec les nuages, une série de terrasses en cercles concentriques épousent les flancs de trois dépressions naturelles. Les murs courbes, dont chaque pierre est impeccablement ajustée, taillée en fonction de ses voisines, donnent une sensation de grande harmonie et de perfection technique.

Ces terrasses étaient cultivées, les Incas y faisaient des expérimentations agronomiques, tentaient d’acclimater des plantes, cherchaient les meilleurs conditions de croissance. Elles offraient toutes les expositions possibles, et des températures différentes. Les Incas créèrent et acclimatèrent de nombreuses variétés de pommes de terre (le Pérou en possède plus de 5000 !), de maïs et de quinoa.

Des denrées agricoles qui constituent encore aujourd’hui l’alimentation de base des populations andines et qu’elles cultivent en polyculture pour préserver leurs sols fragiles et peu épais.

Le cadre grandiose de cette campagne d’altitude dégage une grande sérénité et nous inspire. Dans le cadre de notre projet Forestera, nous nous appuyons sur ces savoir faire traditionnels pour développer des plantations riches en espèces, respectueuses des sols et de la nature, et produisant un cacao aromatique de qualité.

Vous pouvez nous rejoindre jusqu’à fin mai en devenant actionnaire de Forestera sur la plateforme de financement participatif WiSEED.