{"id":1149,"date":"2019-04-12T20:28:09","date_gmt":"2019-04-12T18:28:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.amasisa.com\/?p=1149"},"modified":"2021-05-20T19:38:51","modified_gmt":"2021-05-20T17:38:51","slug":"reflexion-de-jardinier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amasisa.com\/fr\/reflexion-de-jardinier\/","title":{"rendered":"R\u00e9flexion de jardinier"},"content":{"rendered":"
A partir de terrains d\u00e9forest\u00e9s et d\u00e9grad\u00e9s de la r\u00e9gion de San Martin, au P\u00e9rou, nous plantons des cacaoyers, des bananiers, des arbres divers. Nous cr\u00e9ons ainsi un \u00e9cosyst\u00e8me particulier qui se rapproche d\u2019une for\u00eat, mais qui reste une plantation, avec des personnes qui y travaillent et qui en vivent. Il est donc n\u00e9cessaire de penser cette plantation, de l\u2019organiser comme un jardin forestier. Et de raisonner en bon jardinier.<\/p>\n
Penser l\u2019organisation d\u2019une plantation agroforesti\u00e8re \u00e0 cacaoyers<\/strong><\/p>\n Tout d\u2019abord, l\u2019accessibilit\u00e9. Comment se d\u00e9placer dans la plantation, comment s\u2019y retrouver ? Le premier point capital est de tracer des pistes et des sentiers d\u2019acc\u00e8s, et de diviser les grandes surfaces en parcelles plus petites facilement identifiables. La g\u00e9ographie nous donne des \u00ab limites \u00bb naturelles, cours d\u2019eau, thalwegs, collines, petits bosquets. Les pistes doivent \u00eatre larges, permettant un acc\u00e8s facile, en tout temps et \u00e0 tous les recoins du terrain.<\/p>\n Puis, il est n\u00e9cessaire de prot\u00e9ger les points d\u2019eau et de stabiliser les zones vraiment pentues que la d\u00e9forestation expose \u00e0 des risques d\u2019\u00e9rosion et de glissement sous l\u2019action des pluies, souvent intenses en r\u00e9gion tropicale. Nous plantons ainsi des arbres et des palmiers \u00e0 croissance rapide, dont les racines maintiennent les couches fertiles des sols. Certains arbres supportent mieux les zones d\u00e9tremp\u00e9es, comme le Capirona (Calycophyllum spruceanum) ou \u00ab l\u2019Agare\u00bb, beau palmier dont les fruits sont vendus \u00e0 chaque coin de rue dans Tarapoto, grande ville voisine. D\u2019autres r\u00e9sistent bien \u00e0 la s\u00e9cheresse, comme l\u2019Erythrine ou le Bolaina (Guazuma crinita). Du fond d\u2019une d\u00e9pression au sommet d\u2019une colline, les essences plant\u00e9es changent donc.<\/p>\n Enfin, il est temps de planter les cacaoyers, d\u2019abord \u00e0 l\u2019ombre de bananier, puis \u00e0 l\u2019ombre d\u2019arbres forestiers et fruitiers. Nous construisons des p\u00e9pini\u00e8res au milieu des parcelles pour ne pas avoir \u00e0 transporter les plants d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de la plantation, et pendant que les jeunes arbres (issus de graines que nous r\u00e9coltons nous-m\u00eame) se d\u00e9veloppent en sac, nous r\u00e9alisons l\u2019alignement, c\u2019est-\u00e0-dire le marquage des emplacements des futurs cacaoyers et bananiers. Ils seront dispos\u00e9s tous les 3 m\u00e8tres. Une premi\u00e8re \u00e9quipe dot\u00e9e de cordes et de perches pr\u00e9-mesur\u00e9es implantent des piquets et d\u00e9finit les futures rang\u00e9es d\u2019arbres, une autre creuse les premiers trous. C\u2019est un travail long et difficile sur de grandes \u00e9tendues sans ombre. Nous plantons d\u2019abord les bananiers et des petits buissons \u00e0 croissance rapide, qui devront se d\u00e9velopper pendant 2 mois pour assurer une ombre bienfaitrice \u00e0 la croissance des fragiles cacaoyers.<\/p>\n Nous plantons 8 vari\u00e9t\u00e9s de cacaoyers, aux noms quelque peu barbares (ICS pour Imperial College Selection, TSH pour Trinidad Selection Hybrid, IMC pour Iquitos Mixed Calabacillo\u2026) mais tous r\u00e9put\u00e9es pour leur caract\u00e8re fin ou aromatique. Nous avons s\u00e9lectionn\u00e9 ces cultivars pour leur bonne adaptabilit\u00e9 \u00e0 la r\u00e9gion et leur compatibilit\u00e9, essentiel pour garantir une bonne production. De plus, nous travaillons conjointement avec un centre de recherche \u00e0 Tarapoto, poss\u00e8dant de tr\u00e8s nombreuses vari\u00e9t\u00e9s de cacao sylvestre, \u00e0 la r\u00e9-int\u00e9gration de vari\u00e9t\u00e9s anciennes. Nous suivons un \u00ab plan de jardinage \u00bb tr\u00e8s pr\u00e9cis, et chaque rang\u00e9e a sa vari\u00e9t\u00e9. De petits panneaux les indiquent pour faciliter le rep\u00e9rage.<\/p>\n Enfin, les arbres d\u2019ombrage ne sont pas non plus plant\u00e9s au hasard. Certains ont une ombre basse, comme le Guaba (Inga edulis) ou le Huayruro (Ormosia coccinea), d\u2019autre une ombre haute comme le Cedro blanco (plusieurs esp\u00e8ces du genre Cedrela), le Capirona. Bien dispers\u00e9s parmi les cacaoyers et les bananiers, ces essences permettent de cr\u00e9er des strates et des jeux d\u2019ombre. Certains arbres fruitiers se plaisent aussi beaucoup dans la plantation, comme les avocatiers et les agrumes. Les bordures de chaque parcelle sont plant\u00e9es d\u2019arbres \u00e0 croissance rapide et de fruitiers \u00e0 ombrage fort, comme les manguiers. Ces barri\u00e8res v\u00e9g\u00e9tales font office de coupe vent et prot\u00e8gent la plantation.<\/p>\n Une plantation agroforesti\u00e8re \u00e0 cacaoyers est un jardin, un immense jardin. Plante de couverture, cacaoyer, bananier, arbres fruitiers, essences foresti\u00e8res, nous reconstruisons un \u00e9cosyst\u00e8me stratifi\u00e9 se rapprochant le plus possible d\u2019une for\u00eat, mais suffisamment structur\u00e9 pour y travailler dans de bonnes conditions, avec des risques limit\u00e9s et de bons rendements. Ainsi, peu \u00e0 peu, sur des terrains fortement appauvris, les sols se restructurent lentement et une biodiversit\u00e9 se r\u00e9installe.<\/p>\n Augustin Fromageot<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" A partir de terrains d\u00e9forest\u00e9s et d\u00e9grad\u00e9s de la r\u00e9gion de San Martin, au P\u00e9rou, nous plantons des cacaoyers, des bananiers, des arbres divers. 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